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La petite histoire
À la fin de l’année 2000, en décembre, je suis allé à La Havane faire un reportage photo au club de boxe Rafael Trejo. Dominique, mon fils de 25 ans, m'accompagnait. Il pleuvait. Il faisait froid. Les rues étaient désertes. Nous sommes entrés dans une cour intérieure entourée de maisons d’habitation. Le ring repose en son milieu. Ce jour-là, Alberto, le coach en chef, ne donnait pas de cours. Il nous a invités à nous asseoir sur le seul banc protégé de la pluie. La dizaine d'enfants inoccupés nous écoutaient discuter, lui dans son espagnol mâché, moi dans mon espagnol cassé. L’un des enfants a esquissé quelques gestes de boxe devant Dominique. Mon fils a répliqué. La glace était brisée, et les deux étrangers faisaient partie de la gang.
J’ai fait deux sessions photo au club de boxe. Lors de la première, j’ai assisté aux combats qui opposaient les enfants de Trejo à ceux de Régla. La réputation du centre était en jeu. Des enfants avaient peur avant de monter sur le ring.
J’y suis retourné un an plus tard pour enregistrer les sons. C’est alors que j’ai entendu les cris, leur violence, et le bruit d’enfer produit par les pieds martelant le ring au plancher instable. J’ai entendu les rires aussi. Pour ces p’tits gars des rues, le club de boxe Trejo est un terrain de jeux, une famille. Il est devenu pour moi un havre de paix dans la stressante et bruyante Havane.
Pendant ce deuxième voyage, j’ai photographié Toyo; Toyo qui l’an passé suçait son pouce et qui aujourd’hui, poings gantés démesurés, est un espoir montant du coach Alberto.
La boxe est un sport fascinant pour un photographe. Devant son objectif, des corps qui s’élancent, et se replient, des bras qui virevoltent, et se déploient, des poings qui se tendent, et frappent. Devant son objectif, des regards intenses, déterminés, hésitants et apeurés parfois. Devant la rapidité du mouvement, il doit composer une image; comme les adversaires du ring, se tendre et anticiper le geste. Les coups. Entre les cordes du ring, il attend. Regard en alerte.
La photographie est un passe-partout. Elle me permet de rentrer chez les gens, d’apprendre d’eux, de les regarder évoluer, vivre. Je fais un beau métier je crois.
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