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Tout près des temples balinais se trouve souvent un terrain vague destiné à recevoir le précieux liquide.
Quelques jours avant la cérémonie, les préparatifs commencent.
Autour de l’étendue de terre, des hommes plantent des piquets de bambou qui délimiteront une aire d'environ dix mètres de côté.
Ils construisent un parc de la mort.
Une fois l’espace ceinturé, un prêtre tout de blanc vêtu circule à l'intérieur de l'enclos. Il récite des incantations en sanskrit et asperge d'eau sacrée la terre vierge.
Peu après, des hommes, tous drapés de sarong et transportant des paniers d'osier, prennent place autour de la clôture de bambou.
Une cigarette allumée, et les salutations d'usage faites, chacun ouvre son panier et en extrait un coq.
Une armée de coqs dégagés de l’osier.
Tous plus magnifiques les uns que les autres.
Le Balinais s'accroupit, place l'animal entre ses cuisses et commence à le flatter.
Les hommes se regardent.
Les bêtes se toisent.
À quelques mètres de là, accompagnées des enfants, les femmes, parées d’un sarong de soie et d'un kebaya en dentelle fine, montent les marches qui mènent au temple. Elles transportent sur la tête des pyramides de fruits. Des offrandes.
Le vent transporte la suave odeur de l'encens hors les murs du temple.
Autour du ring, le nombre des spectateurs a augmenté.
Les entraîneurs, leur volatile sous le bras, franchissent l’enceinte de bambou.
Ils exhibent leur coq.
Les crêtes se gonflent.
Les ailes s'ébrouent.
La foule évalue les futurs combattants.
Le prêtre, installé sur une plate-forme, frappe un gong d'un coup sec.
Tous les hommes ressortent de l’enclos.
Tous, sauf deux. Les propriétaires des premiers adversaires.
Un troisième personnage, vêtu d'un sarong noir, torse nu et bras tatoués, retire de sa ceinture une pochette de cuir et s'avance vers les deux hommes.
Il ouvre la pochette, et les entraîneurs évaluent son contenu, un ensemble de lames métalliques. Ils en pointent chacun une.
Le tatoué retire les lames choisies et attache sur chaque coq l’ergot de métal, à l’endroit où l’animal possède son ergot naturel.
Les spectateurs en profitent pour parier avec les bookmakers.
Les coqs armés, les maîtres les éloignent l'un de l'autre d'environ trois mètres.
La tension augmente.
Il ne reste que quelques minutes pour gager.
Des spectateurs, serrant des rupiahs dans les mains, tendent leur bras et crient pour attirer le regard des preneurs de paris.
Le prêtre frappe le gong une seconde fois.
La foule crie à l'unisson.
Elle crie des mots obscurs et saccadés.
Pendant une minute.... Peut-être deux.
Les coqs, retenus par leur maître, piétinent sur place.
Crête gonflée.
Yeux exorbités gorgés de sang.
Des gageurs ont les yeux fermés.
Ils semblent prier.
D'autres, le regard vif, ressemblent aux coqs.
Les rivaux sont lâchés.
Les gageurs crient encore plus fort.
Les coqs sont dans les airs.
La foule se tait.
Comme pour accompagner la mort imminente.
Dans les airs, les coqs ne font qu'un.
Les lames acérées lacèrent, piquent et transpercent.
Les duellistes retombent au sol.
La poussière vole.
Le sol est souillé d'un liquide rouge-brun.
Fin du premier assaut.
Le combat reprend.
Deuxième. Troisième. Un quatrième assaut peut-être.
Si aucun ne meure pendant l’affrontement, les deux coqs sont placés sous un étroit panier d'osier en forme de cloche.
Et le combat reprend.
Le panier d’osier se déplace sous l'impact des coups.
La poussière s'échappe entre les ouvertures.
Rencontre fatale pour l’un d’eux.
On soulève le couvercle d’osier et on apporte le vaincu à un nouvel officiant.
Il coupe la patte du défunt, récupère l’ergot de métal et lui transperce le cœur avec ce même tranchant. Sa journée de travail terminée, il se verra au beau milieu d’un monticule de plumes et de pattes tranchées.
Le coq sera déplumé et remis à son propriétaire; la lame, nettoyée et replacée dans sa pochette de cuir.
Entre-temps deux nouveaux coqs ferrés s'affrontent.
Leur cri se mêle à celui de la foule.
Au loin, on entend les douces voix des femmes qui récitent des prières.
Certaines apprendront que leur mari a perdu son favori; d’autres, que la famille vient de perdre toutes ses économies ou sa maison.
Le sang doit couler.
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